Les effets d'un déplafonnement non négocié sur les carrières et les embauches
GREVE NATIONALE DU 14 AU 17 NOVEMBRE 2008
Les raisons de la colère, les raisons d’une grève :
Des effets du déplafonnement sans négociations sur carrières et embauches…
quand la récession est pour demain !
Hors de toute polémique stérile, le rôle d’une organisation comme la nôtre est de réfléchir à l’impact du déplafonnement sur la collectivité des pilotes.
S’il est une évidence qui est incontestable, c’est que la liberté laissée à certains pilotes de prolonger leur carrière au-delà de 60 ans impacte de facto les carrières des autres pilotes et ralentit les embauches. Elle pourra même, dans les compagnies les plus touchées par la crise, déboucher sur des licenciements.
Mécaniquement, dans un système où l’ « aîné » de 60 ans ne libère pas son poste, la conséquence est une embauche de moins.
Dans les petites compagnies possédant un seul type de machines, c’est le passage Commandant de Bord qui est directement touché par ce ralentissement, ainsi que l’embauche bien évidemment.
Dans les plus grosses compagnies avec plusieurs types d’avions, c’est toute la cascade de qualifications, par effet séniorité, qui est impactée.
Le conflit intergénérationnel et la dégradation du CRM qui en découleraient seraient dramatiques pour notre profession et ne peuvent être ignorés ni par la compagnie ni par le gouvernement. Ces problèmes de CRM ont été dramatiquement mis en évidence récemment dans les cockpits de SAS.
Evidemment, au-delà des départs de la compagnie, toutes les opportunités de carrière sont également le résultat de la croissance et du dynamisme économique. L’économie du transport aérien pouvant rapidement se dégrader, conjuguant les effets de trois crises - financière, économique et pétrolière - des réajustements de l’offre dans le transport et des coupes dans les dépenses seront inévitables. On parle aujourd’hui de décroissance de notre activité et de licenciements…dans TOUTES les compagnies.
Jugez plutôt : de 4 100 pilotes à Air France actuellement, la compagnie pourrait n’avoir besoin que de 3 800 pilotes d’ici deux ans. 300 pilotes de moins pendant que d’autres prolongent leur carrière ? Paradoxal, non !
Accepterions-nous collectivement la situation qui verrait des licenciements d’un côté (souvent des plus jeunes) et des prolongations de carrière de l’autre ? Accepterions-nous de transformer le débat de ce déplafonnement en guerre intergénérationnelle parce que la décision est précipitée ? Inacceptable !
Dans le débat que le SNPL France ALPA propose pour 2009, il y a aussi la volonté d’aller étudier ce que les autres pays ont réussi à faire en matière de neutralisation des effets d’un déplafonnement. Nous pensons aux hollandais qui ont la possibilité d’imposer du temps partiel pour ceux qui choisissent la carrière la plus longue et de laisser un plein temps à ceux qui choisissent la plus courte. De telle sorte que la quantité de travail produite soit la même et qu’elle n’impacte pas les carrières des autres. Sans oublier quand même que le déplafonnement, pour eux, est de 56 à 58 ans ! Pas de 60 à 65 ans… Nous pensons aussi à toutes les majors européennes où l’âge de cessation d’activité est à 60 ans.
Pour rendre ces solutions envisageables en France, il faudrait passer par une modification du code du travail qui l’interdit à ce jour. Cela ne se négocie pas en quelques jours. Croyez-vous que nous serons en situation de négocier après que la loi ait été définitivement adoptée ?
Ces négociations sont du ressort et de la responsabilité du législateur, donc du gouvernement. Elles doivent être menées avant le vote de loi. Après, notre marge de manœuvre sera nulle.
Par ailleurs, le gouvernement s’apprête à transférer une partie de sa responsabilité de négociation vers les entreprises. Une fin de non recevoir pour l’ensemble des sujets qui sont dans son seul champ de compétence (temps partiel, fiscalité, CRPN…) et une charge financière supplémentaire pour les seules entreprises qui vont avoir à assumer les décisions du gouvernement.
Pour que nous puissions mener le débat sereinement et efficacement début 2009, nous exigeons du gouvernement qu’il fasse disparaître les termes de l’amendement voté par les députés à l’occasion de l’examen du texte par le Sénat.
A l’appui de cette revendication, nous appelons les pilotes à la grève du 14 au 17 novembre 2008.