Le conflit de quatre jours qui nous a opposés au gouvernement n’a pas permis d’obtenir la levée de l’amendement qui portera l’âge de cessation d’activité des pilotes français de 60 ans à 65 ans au 1er janvier 2010.
Quand bien même la grève a eu le mérite d’améliorer la stabilité juridique de cet amendement, de garantir que chacun pourra quitter ses fonctions de pilote à partir de 60 ans dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui, de démontrer notre capacité de mobilisation et d’unité sur un sujet qui oppose pourtant certains pilotes dans leurs intérêts et d’obtenir l’ouverture de négociations avec la tutelle, il convient de reconnaître que notre objectif n’est pas atteint.
Les organisations syndicales qui se sont mobilisées contre la méthode et contre le fond de cet amendement ont aujourd’hui deux stratégies possibles :
- celle de considérer que nous n’avons pas obtenu gain de cause et qu’il n’y a d’autre issue que de redéposer un nouveau préavis de grève à l’appui de la même revendication ;
- celle de reconnaître la détermination du gouvernement qui, en dépit de toute nécessité à maintenir le déplafonnement, ne cèdera pas davantage face à une nouvelle grève.
Le Bureau exécutif du SNPL France ALPA a la conviction que le gouvernement ne cèdera pas, en dépit de tout éventuel autre mouvement de grève sur ce sujet.
Du coup, certains expriment ça et là que cette grève était inutile. Néanmoins, la forte mobilisation a démontré que les pilotes n'accepteraient jamais d'être exclus des dossiers qui les concernent et qu'ils entendaient refuser que les engagements pris ne soient pas tenus.
En effet, nous rappelons que le SNPL France ALPA disposait d’engagements écrits et verbaux de la part du gouvernement sur le fait qu’il ne toucherait pas à la limite d’âge, encore moins sans concertation, et qu’il attendrait les conclusions des travaux européens en la matière.
Alors oui, nous nous sommes fait abuser par le gouvernement !
Oui, nous avons été trahis par une minorité agissante qui n’a pas souhaité attendre que le débat soit mené entre tous les pilotes et avec la tutelle, après la mise en œuvre de la réforme CRPN !
Il convient de le reconnaître…
En dépit des engagements que le SNPL France ALPA avait pris d’ouvrir le débat en début d’année 2009, en toute cohérence avec le calendrier CRPN et européen, le film des évènements a subitement pris une tournure bien différente, le gouvernement ayant renié sa parole. Alors il est regrettable que certains en profitent aujourd’hui pour refaire opportunément l’histoire après avoir vu la fin du film et pour prétendre qu’il fallait accepter d’ouvrir le débat avant…
Il n’est malheureusement plus l’heure de passer davantage de temps sur les erreurs de jugement des uns, sur les certitudes des autres.
Il est en revanche fondamental que nous contournions l’écueil de ce qui va devenir notre nouveau cadre légal, et que nous travaillions désormais à proposer les mesures qui permettront de minimiser, voire de neutraliser les effets de ce déplafonnement.
Ce travail devra viser à rapprocher la volonté de ceux qui veulent continuer leurs carrières avec l’impérieuse nécessité de répondre aux conséquences néfastes du déplafonnement sur les autres et sur la collectivité toute entière.
C’est le rôle d’une organisation syndicale comme la nôtre que de se pencher sur les effets de ce déplafonnement :
- en matière de carrières, d’embauches et d’emplois et leurs conséquences en matière de rémunération pour tous les pilotes ;
- en matière de santé et de sécurité ;
- en matière de régime de retraite.
C’est le rôle d’une organisation syndicale comme la nôtre de chercher à réunir des intérêts a priori contradictoires, au nom de l’intérêt général. Nous avons conscience que l’exercice est complexe.
Le gouvernement a pris l’engagement, devant les élus de la Nation cette fois, que des négociations allaient débuter sur ces différentes conséquences. Ces négociations devront éventuellement permettre de modifier le cadre légal…
Le premier gage de bonne foi devra évidemment être la création du dispositif législatif concernant la représentativité, conformément aux déclarations du ministre du travail lors des débats au Sénat.
Le deuxième sera la mise en œuvre de la réforme CRPN dont les décrets d’application traînent toujours sur le bureau du ministère du travail, les syndicats PNC s’étant positionnés en embuscade.
Le troisième sera la réelle volonté du gouvernement de rendre légal le Temps Partiel Mensuel chez les pilotes et de l’adapter à nos spécificités pour qu’il puisse offrir une réponse au rallongement des carrières, au partage du travail, comme à la préparation graduelle à la cessation d’activité.
Le quatrième sera l’ouverture de discussions transparentes avec tous les acteurs sur le terrain médical (CMAC, CEMA, assurances…) quant à la réalité de l’état de santé des pilotes « seniors » et des conséquences de la poursuite de nos carrières de 60 à 65 ans.
Evidemment, en marge de ces négociations avec la tutelle pour modifier le cadre légal, partout dans les entreprises, nos sections d’entreprise du SNPL France ALPA - en collaboration avec les syndicats d'entreprise - ont un immense travail pour mettre en place des systèmes incitatifs au départ à 60 ans.
Le Bureau Exécutif proposera cet axe politique à la validation du prochain conseil national qui se tiendra le 3 décembre prochain.
Dans l’intervalle, nous entrerons en contact avec les autres organisations syndicales pour croiser nos analyses et nos enseignements de la situation.
Le bureau exécutif du SNPL France ALPA
Roissy le 27 novembre 2008